Le mouvement de blocage des lycées continue de s'étendre en France. Mercredi 30 septembre 2026, 356 établissements ont été touchés, contre 338 la veille, selon le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui a annoncé 625 interpellations dans la journée et 83 policiers et gendarmes blessés. « On constate une extension du mouvement », a-t-il déclaré.
Parti il y a environ une semaine de lycées de la banlieue parisienne, le mouvement réclame des moyens pour l'école publique et des conditions d'étude « décentes ». Ce jeudi 1er octobre, l'Union syndicale lycéenne (USL) et l'Union étudiante appellent à de nouveaux blocages, avant une manifestation nationale le mardi 6 octobre. De son côté, le gouvernement promet une « plateforme de concertation » ouverte aux lycéens dès lundi.
Que se passe-t-il dans les lycées depuis une semaine ?
Un mouvement parti d'Île-de-France
Les premiers blocages sont apparus en région parisienne, autour du manque de professeurs et de l'état des bâtiments. Le lundi 28 septembre, le mouvement a pris une dimension nationale : 180 établissements étaient touchés, dont une majorité en Île-de-France. Des actions ont été signalées à Saint-Denis, Lyon, Lille, Bordeaux, Nice, Strasbourg, Tours, Marseille, Grenoble ou encore Dijon.
Des blocages, des tentatives et des débordements
Un « blocus » consiste à empêcher l'entrée du lycée avec des poubelles ou des barrières. Le mardi 29 septembre, le ministère de l'Éducation nationale comptait 338 établissements perturbés, dont 45 bloqués et 46 visés par une tentative de blocage, sur environ 3 700 lycées en France. Des incidents ont éclaté devant plusieurs établissements : jets de projectiles, feux de poubelles, tirs de mortiers d'artifice. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a dénoncé des violences contre des personnels, dont un professeur frappé dans le Nord.
Les chiffres clés de la mobilisation lycéenne
Une progression jour après jour
Les bilans officiels ne comptent pas la même chose : l'Éducation nationale recense les établissements perturbés, l'Intérieur les interpellations et les blessés parmi les forces de l'ordre.
| Date | Établissements touchés | Interpellations |
|---|---|---|
| Lundi 28 septembre | 180 | 164 |
| Mardi 29 septembre | 338, dont 45 bloqués | 440, dont deux tiers en garde à vue |
| Mercredi 30 septembre | 356 | 625 |
| Jeudi 1er octobre | Nouvel appel aux blocages (USL et Union étudiante) | |
| Mardi 6 octobre | Manifestation nationale lycéenne et étudiante | |
Blessés et enquêtes
Depuis le début du mouvement, 119 élèves et personnels de l'Éducation nationale ont été blessés, dont 34 personnels. Mercredi, 83 policiers et gendarmes ont été blessés. Les personnes interpellées mardi étaient en majorité des mineurs, selon Laurent Nuñez, pour des dégradations et des violences contre les forces de l'ordre. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de trois enquêtes sur des blessures infligées à des lycéens lors d'interventions à Sevran (Seine-Saint-Denis), Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise) et Tours.
Ce mouvement est distinct de la journée de grève des agents publics du 29 septembre, à laquelle des lycéens s'étaient joints : nous en avons détaillé les chiffres et les suites dans un article dédié.
Que réclament les lycéens et que répond le gouvernement ?
Les revendications
Les lycéens mobilisés demandent le remplacement des professeurs absents, davantage de moyens pour l'école publique, la rénovation des établissements et des conditions d'apprentissage « décentes ». L'USL et l'Union étudiante mettent aussi en cause la sélection par Parcoursup et le manque de personnels dans les lycées professionnels.
La plateforme de concertation
Mercredi, Édouard Geffray a annoncé l'ouverture d'une « plateforme de concertation » à laquelle tous les lycéens pourront contribuer, par établissement et par région. Elle doit ouvrir lundi 5 octobre, ou mardi matin au plus tard. Les recteurs réuniront leurs conseils académiques sous 48 heures et les proviseurs pourront convoquer des conseils d'administration extraordinaires. Un temps de restitution nationale est prévu pour apporter des réponses, à une date non fixée.
La consigne de fermeté du 26 septembre
Une circulaire signée le 26 septembre par les ministres de l'Intérieur et de l'Éducation nationale prévoit l'intervention des forces de l'ordre en cas de blocage total d'un établissement, après concertation avec le chef d'établissement, et des interpellations en cas de violences.
Quelles sont les réactions politiques ?
L'exécutif condamne les violences
Depuis Madrid, Emmanuel Macron a estimé qu'aucun de ces débats ne « légitime la violence ». Laurent Nuñez a mis en cause la présence de députés de La France insoumise aux abords des lycées. Le préfet de police a par ailleurs saisi la justice contre le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, après des propos sur la légitimité de la violence, qu'il a ensuite nuancés.
La France insoumise soutient le mouvement
La France insoumise soutient la mobilisation. Jean-Luc Mélenchon a assuré que « les Insoumis appellent à la non-violence » et réclame les images des interventions policières.
Le Rassemblement national dénonce une récupération
Sur France Inter, le député RN Sébastien Chenu a condamné « la violence » des blocus et leur « instrumentalisation par La France insoumise ». Il a jugé que les inquiétudes des lycéens devaient être prises au sérieux, mais que les lycées ne doivent pas être bloqués.
Parents : absences, cours et sécurité, ce qu'il faut savoir
Une absence reste une absence
Les lycéens n'ont pas de droit de grève : ils ne sont pas salariés et le Code de l'éducation leur impose l'assiduité. Une absence pour aller manifester peut donc être notée, et la participation à une manifestation n'est pas un motif d'excuse. Si le lycée de votre enfant est bloqué, renseignez-vous auprès de l'établissement (ENT, messagerie, vie scolaire) pour savoir si les cours sont assurés.
Ce qui est permis, ce qui est interdit
| Situation | Ce que dit la règle |
|---|---|
| S'exprimer, afficher un appel à mobilisation dans le lycée | Autorisé, sans gêner les cours (article L511-2 du Code de l'éducation) |
| Se réunir au lycée | Hors des heures de cours, avec l'accord du chef d'établissement |
| Manifester sur le temps scolaire | Absence non justifiée, pas de droit de grève pour les élèves |
| Bloquer l'entrée du lycée | Délit d'entrave à la libre circulation, sanctions disciplinaires et poursuites possibles |
| Convaincre des camarades sans violence | Non sanctionné |
La sécurité de votre enfant
Le Centre d'information et de documentation jeunesse (CIDJ) conseille aux lycéens qui manifestent de repérer les points de rendez-vous et de s'éloigner au moindre doute si la situation dégénère. Si un mineur est placé en garde à vue, ses parents doivent en être avertis.
La position des parents d'élèves
La FCPE, première fédération de parents d'élèves, appelle les chefs d'établissement à la clémence et invite les parents à siéger aux conseils d'administration et aux conseils de classe pour que les jeunes mobilisés ne soient pas sanctionnés.
Questions fréquentes sur le blocus des lycées
Comment les lycéens pourront-ils s'exprimer sur la plateforme ?
La plateforme de concertation doit ouvrir lundi 5 octobre, ou mardi 6 au plus tard. Tous les lycéens pourront y déposer leurs demandes, classées par établissement et par région. Ses modalités précises n'ont pas encore été publiées.
Mon enfant peut-il être sanctionné pour un blocus ?
Oui. Bloquer l'accès d'un lycée est un délit et peut entraîner une procédure disciplinaire, en plus de poursuites. Participer à une manifestation hors du temps scolaire, en revanche, est un droit.
Quelles sont les prochaines dates ?
L'USL et l'Union étudiante appellent à de nouveaux blocages ce jeudi 1er octobre, puis à une grande manifestation nationale le mardi 6 octobre.
Ce qu'il faut retenir
Un mouvement en extension, un dialogue annoncé
En une semaine, le mouvement lycéen est passé de quelques établissements franciliens à 356 lycées touchés, avec 625 interpellations pour la seule journée de mercredi. Le gouvernement répond par la fermeté face aux violences et par une plateforme de concertation ; les syndicats lycéens maintiennent leurs appels du 1er et du 6 octobre. Pour les familles, la règle ne change pas : l'assiduité reste due, et le lycée reste le premier interlocuteur.
Sources : franceinfo, La Libre (dépêche AFP), CIDJ.