Chaque contrat que vous signez commence par un formulaire, et chaque formulaire fabrique un dossier. Ce dossier vous suit : il décide de votre tarif, de vos garanties, parfois de votre accès au crédit. Vous avez pourtant rarement une idée précise de ce qu'il contient, ni de ce que l'organisme avait le droit d'y mettre.
Cet article répond à trois questions concrètes : que peut-on légalement vous demander, que ne peut-on plus vous demander depuis les dernières réformes, et comment faire corriger une information inexacte quand elle vous coûte quelque chose. Vous verrez aussi, chemin faisant, pourquoi une source de revenu d'appoint comme l'application I am Beezy relève d'une logique différente : elle ne collecte pas un historique médical pour vous rémunérer.
Ce qu'un assureur ou une banque collecte réellement
La collecte ne se fait pas en une fois. Elle a trois moments, et les règles ne sont pas les mêmes à chaque étape.
À la souscription
C'est le moment le plus dense : identité, adresse, situation familiale, description du risque à couvrir. En assurance de prêt, s'y ajoute une fiche personnalisée dont le contenu est encadré — elle comporte au maximum onze critères pour les garanties décès, perte d'autonomie, invalidité et incapacité, et au maximum quatre critères pour la garantie perte d'emploi, selon la fiche F1671 de service-public.gouv.fr, vérifiée le 20 mai 2025. En assurance vie, la clause bénéficiaire exige une identification complète : nom d'usage et nom de naissance, prénoms, adresse, date et lieu de naissance du bénéficiaire.
En cours de contrat
Le contrat ne fige pas la collecte. Vous devez signaler les circonstances nouvelles qui modifient le risque, et le code des assurances prévoit que cette déclaration se fasse par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique. Votre banque, de son côté, observe en continu le fonctionnement de votre compte, pour des raisons que la section suivante détaille.
Au moment du sinistre
C'est la troisième vague, souvent la plus intrusive : factures, photos, devis, rapport d'expertise. L'expert de première expertise est choisi et rémunéré par l'assureur, ce qui explique que sa lecture des faits ne soit pas neutre au sens économique et qu'une contre-expertise existe. Ces pièces alimentent durablement votre dossier : demandez-en systématiquement copie au fur et à mesure, pas deux ans plus tard.
Le questionnaire de santé est-il toujours obligatoire ?
Non, et c'est le changement le plus mal connu du droit de l'assurance emprunteur. Un emprunteur sur deux remplit encore un questionnaire dans une situation où l'assureur n'avait pas le droit de le lui demander.
Le cas où il est purement et simplement interdit
Le questionnaire de santé est interdit lorsque le crédit est inférieur ou égal à 200 000 € par assuré et que le remboursement est prévu avant les 60 ans de l'emprunteur — et l'examen de santé l'est également dans ce cas, précise la fiche F1671 de service-public.gouv.fr, vérifiée le 20 mai 2025. Les textes de référence sont les articles L313-8 à L313-10 et L313-24 à L313-39 du code de la consommation, et les articles L113-1 à L113-17 du code des assurances. Le plafond s'apprécie par assuré : sur un emprunt à deux, chacun est examiné pour sa quote-part.
Le droit à l'oubli et la grille de référence
Hors de ce cas, deux dispositifs limitent encore ce qui peut être exigé, décrits par la fiche F20520 de service-public.gouv.fr, vérifiée le 7 mai 2025. Le droit à l'oubli permet de ne pas déclarer un cancer ou une hépatite virale C dont le protocole thérapeutique est terminé depuis au moins cinq ans sans rechute, pour un contrat s'achevant avant les 71 ans de l'assuré. Attention à la nuance presque toujours omise : les conséquences de la maladie, elles, restent à déclarer. La grille de référence, elle, s'applique aux contrats s'achevant avant 71 ans pour un crédit inférieur ou égal à 420 000 €, hors prêt relais, sur la résidence principale. Le questionnaire peut être rempli hors agence, et une proposition faite dans ce cadre reste valable quatre mois.
Ce que le prêteur doit vous dire
Un refus n'a pas à rester opaque : le prêteur doit indiquer les motifs de son refus et, le cas échéant, les informations et garanties manquantes, et le contrat en cours n'est pas résilié pour autant. En cas d'accord sur un contrat alternatif, il dispose de dix jours ouvrés après réception pour établir l'avenant, avec le nouveau taux annuel effectif global.
| Situation | Questionnaire de santé | Référence |
|---|---|---|
| Crédit inférieur ou égal à 200 000 € par assuré, remboursement avant 60 ans | Interdit, examen de santé interdit également | Fiche F1671, vérifiée le 20 mai 2025 |
| Cancer ou hépatite virale C, protocole terminé depuis 5 ans sans rechute, contrat s'achevant avant 71 ans | Maladie non déclarable, mais conséquences à déclarer | Fiche F20520, vérifiée le 7 mai 2025 |
| Contrat s'achevant avant 71 ans, crédit inférieur ou égal à 420 000 €, résidence principale | Grille de référence, trois niveaux d'analyse | Fiche F20520, vérifiée le 7 mai 2025 |
| Autres situations | Autorisé, dans la limite des critères de la fiche personnalisée | Fiche F1671, vérifiée le 20 mai 2025 |
Ce que votre banque observe sur votre compte
Aucun formulaire ne vous l'annonce, et c'est pourtant une collecte permanente, imposée par la réglementation : votre banque doit détecter si vous êtes en situation de fragilité financière.
Les critères de détection
L'article R. 312-4-3 du code monétaire et financier retient l'existence d'irrégularités de fonctionnement du compte ou d'incidents de paiement et leur caractère répété constaté pendant trois mois consécutifs, en particulier lorsque leur nombre est supérieur ou égal à cinq au cours d'un même mois — auquel cas la personne est considérée comme fragile pour une durée minimale de trois mois. Le texte retient aussi le montant des ressources portées au crédit du compte, et permet à l'établissement de tenir compte des dépenses portées au débit.
Le seuil, lui, n'est pas dans la loi
Le point qui surprend : le texte ne fixe aucun montant de ressources. La Banque de France précise, sur une page mise à jour le 12 mai 2026, que ce sont des critères modulables définis par la réglementation mais dont les seuils sont fixés par les banques, et que chaque banque est tenue de publier ses critères d'appréciation de la fragilité financière. Vous pouvez donc lire ceux de votre établissement et savoir sur quoi il vous évalue.
Ce que cette qualification déclenche
Elle n'est pas seulement défavorable. Elle ouvre l'offre spécifique destinée à la clientèle fragile, dont le tarif ne peut pas dépasser trois euros par mois selon l'article R. 312-4-3, et qui comprend au minimum dix services énumérés par le texte : carte de paiement à autorisation systématique, quatre virements SEPA mensuels et prélèvements illimités, deux chèques de banque par mois, système d'alertes sur le solde, changement d'adresse annuel. Elle abaisse aussi le plafond des commissions d'intervention à 4 € par opération et 20 € par mois, contre 8 € et 80 € par compte dans le cas général.
Déclarer juste : ce qu'une inexactitude vous coûte
Les données que vous fournissez ne servent pas qu'à ouvrir le contrat : elles servent aussi à calculer ce que vous toucherez après un sinistre. Deux règles très différentes sanctionnent une déclaration imprécise, et on les confond en permanence.
Une déclaration de risque inexacte de bonne foi
L'article L. 113-9 du code des assurances vise l'omission ou la déclaration inexacte du risque par l'assuré de bonne foi. Si elle est découverte avant tout sinistre, l'assureur peut maintenir le contrat contre une majoration de prime que vous acceptez, ou le résilier dix jours après notification par lettre recommandée en restituant la portion de prime. Si elle est découverte après le sinistre, l'indemnité est réduite en proportion du taux des primes payées par rapport au taux qui aurait été dû si le risque avait été complètement et exactement déclaré.
Un capital assuré inférieur à la valeur réelle
C'est une autre règle, celle de l'article L. 121-5 : si la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire. Trois points à retenir : la valeur s'apprécie au jour du sinistre et non à la signature, la règle joue de plein droit puisqu'il faut une clause pour l'écarter, et la réduction est proportionnelle — elle ne supprime pas l'indemnité.
La conséquence pratique
Relisez une fois par an la description de votre risque : surface, nombre de pièces, usage du bien, conducteur habituel d'un véhicule, valeur du mobilier. Une donnée devenue fausse par le simple passage du temps produit exactement le même effet qu'une donnée mal déclarée au départ.
Comment obtenir, corriger ou faire supprimer une information ?
Vos droits ne s'exercent pas au téléphone. Ils s'exercent par écrit, auprès du bon interlocuteur, et ils se prouvent.
À qui écrire, et sous quelle forme
Adressez votre demande à l'organisme lui-même, à l'attention de son délégué à la protection des données lorsqu'il en a désigné un, en indiquant précisément ce que vous demandez : la copie des données détenues, la correction d'une information fausse, ou la suppression d'une donnée devenue sans objet. Datez, conservez un double, et exigez une réponse écrite. Une demande orale ne laisse aucune trace opposable.
Ce que vous pouvez demander concrètement
Une copie de la fiche personnalisée d'assurance de prêt, le rapport d'expertise d'un sinistre, l'historique des incidents retenus contre vous, l'identité exacte inscrite dans une clause bénéficiaire. Sur ce dernier point, la précision est de votre intérêt : une clause bénéficiaire mal renseignée retarde le paiement du capital, et l'identification demandée par les textes est complète jusqu'au lieu de naissance.
En cas de refus
Si l'organisme ne répond pas ou refuse, deux voies existent selon la nature du litige. Pour le traitement des données lui-même, la Commission nationale de l'informatique et des libertés est l'autorité compétente et se saisit par une plainte écrite, à laquelle vous joindrez votre demande initiale restée sans effet. Pour un désaccord sur le contrat, adressez une réclamation écrite à l'assureur, puis saisissez La Médiation de l'Assurance deux mois plus tard et au plus tard un an après cette réclamation : la saisine est gratuite, la recevabilité est notifiée dans un délai de trois semaines, et la saisine suspend la prescription. Pour une pratique commerciale, le signalement se dépose sur SignalConso.
| Problème | Interlocuteur | Forme |
|---|---|---|
| Donnée fausse ou périmée dans votre dossier | L'organisme, via son délégué à la protection des données | Demande écrite datée, double conservé |
| Absence de réponse ou refus sur vos données | Commission nationale de l'informatique et des libertés | Plainte écrite avec la demande initiale |
| Désaccord sur l'application du contrat | Assureur puis La Médiation de l'Assurance | Réclamation écrite, puis saisine gratuite |
| Pratique commerciale contestable | SignalConso | Signalement en ligne |
Un revenu d'appoint sans dossier à constituer avec I am Beezy
Tout ce qui précède décrit des relations où l'on vous évalue avant de vous accorder quelque chose. Certaines sources de revenu ne fonctionnent pas ainsi, et la différence mérite d'être vue.
Ce que l'application demande, et ce qu'elle ne demande pas
I am Beezy est une application où chaque contenu consulté — vidéo, article, publicité — génère un gain, crédité sur votre moyen de paiement local. Il n'y a ni déclaration de santé, ni examen d'un historique bancaire, ni évaluation de solvabilité : le gain dépend de ce que vous consultez, pas d'un dossier.
L'ordre de grandeur
La fourchette observée sur l'ensemble du service va de 5 à 15 € par jour, en euros directement pour un utilisateur en France. Rapportée aux sujets de cet article, cette somme finance les frais annexes d'un dossier — copies, envois recommandés, avance sur une contre-expertise — sans passer par une nouvelle collecte de données personnelles.
Ce qu'il faut retenir avant de signer le prochain formulaire
Trois réflexes suffisent. Vérifiez d'abord si l'on a le droit de vous demander ce que l'on vous demande : pour un prêt inférieur ou égal à 200 000 € par assuré remboursé avant 60 ans, ni questionnaire ni examen de santé ne peuvent vous être imposés. Déclarez ensuite avec exactitude ce qui vous concerne vraiment, en sachant qu'une inexactitude de bonne foi réduit l'indemnité proportionnellement au lieu de la supprimer, et qu'un capital sous-évalué produit le même effet par un autre chemin. Demandez enfin par écrit, une fois par an, ce que votre assureur et votre banque détiennent sur vous : les critères de fragilité de votre établissement sont publics, votre dossier d'assurance vous est communicable, et une donnée fausse ne se corrige que si quelqu'un la signale. Et si vous cherchez, en parallèle, un complément qui ne réclame ni dossier médical ni justificatif de revenus, I am Beezy repose sur un principe plus simple : vous consultez des contenus, vous êtes rémunéré.