Vous visitez trois maisons de retraite médicalisées la même semaine. Mêmes photos de jardin, même vocabulaire rassurant, même unité protégée annoncée à l’étage. Ce qui les sépare vraiment tient sur une ligne administrative que personne ne met en avant à l’accueil : leur statut juridique.
Public hospitalier, privé associatif à but non lucratif, privé commercial. Ces trois statuts ne changent pas seulement le montant inscrit en bas du devis. Ils pèsent sur le nombre de soignants présents auprès de votre parent, sur la probabilité d’obtenir une chambre seule, et surtout sur la possibilité de demander un jour l’aide sociale à l’hébergement. La direction des statistiques du ministère de la Santé, la DREES, a mis ces écarts en regard dans une étude publiée en septembre 2025 sur le millésime 2022 : c’est la source de tous les chiffres qui suivent.
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Trois statuts, quatre catégories dans les statistiques publiques
La France comptait 7 473 EHPAD et 615 090 lits en 2022. Le classement officiel distingue quatre catégories, parce que le secteur public se partage lui-même en deux familles qui ne fonctionnent pas de la même façon.
Le public, premier bloc du parc
Les EHPAD publics hospitaliers, adossés à un centre hospitalier, sont 1 196. Ce sont les plus grands du pays : 109 places en moyenne, contre 82 toutes catégories confondues. Les EHPAD publics non hospitaliers, rattachés le plus souvent à une commune ou à un centre communal d’action sociale, sont 2 110, pour une capacité moyenne de 79 places.
Additionnés, ces deux ensembles représentent 44 % des établissements et 48 % des lits, ce qui fait du public le premier bloc du secteur et non l’exception que l’on imagine. Leur taux d’occupation atteignait 96 % dans l’hospitalier et 100 % dans le non hospitalier : ce sont les établissements les plus remplis du pays, donc les plus difficiles d’accès en urgence.
L’associatif à but non lucratif
Avec 2 362 établissements, soit 32 % du parc et 29 % des lits, le privé à but non lucratif est la catégorie la plus nombreuse en nombre d’établissements. Ces structures sont privées, mais elles ne distribuent pas de bénéfices : le résultat retourne à l’activité. Leur capacité moyenne, 76 places, est la plus faible des quatre, et leur taux d’occupation atteignait 98 %.
Le privé commercial, minoritaire malgré sa visibilité
C’est la catégorie dont on parle le plus et celle qui pèse le moins : 1 805 établissements, 24 % du parc, 23 % des lits. À l’intérieur, la DREES isole les cinq grands groupes, qu’elle définit comme les ensembles de 100 EHPAD ou plus placés sous un même pouvoir de décision. Elle les nomme : Clariane, emeis, DomusVi, Domidep et Colisée.
Ces cinq groupes exploitaient 1 017 EHPAD, 83 540 lits et accueillaient 74 537 résidents, soit 13 % des EHPAD français et 14 % des lits. Deux repères de vocabulaire utiles quand vous lisez une plaquette : une maison de retraite Korian relève du groupe Clariane, qui porte ce nom depuis son assemblée générale du 15 juin 2023, et emeis s’appelle ainsi depuis celle du 25 juin 2024. Les 788 autres établissements commerciaux, hors grands groupes, sont plus petits — 70 places en moyenne — et plus remplis, à 93 % contre 89 % pour les groupes.
| Catégorie | Établissements | Part des lits | Capacité moyenne | Taux d’occupation |
|---|---|---|---|---|
| Publics hospitaliers | 1 196 | 21 % | 109 places | 96 % |
| Publics non hospitaliers | 2 110 | 27 % | 79 places | 100 % |
| Privés à but non lucratif | 2 362 | 29 % | 76 places | 98 % |
| Privés commerciaux, dont grands groupes | 1 805, dont 1 017 | 23 % | 77 places | 91 % |
| Ensemble | 7 473 | 100 % | 82 places | 97 % |
Combien coûte une nuit selon le statut de l’établissement ?
La DREES a comparé le prix d’une place en chambre individuelle, exprimé en euros par nuit, sur le millésime 2022. Le résultat est contre-intuitif : le statut ne pèse presque rien dans un cas, et énormément dans l’autre. Tout dépend d’un détail administratif, l’habilitation de la place à l’aide sociale.
Sur une place habilitée, l’écart est mince
Une place habilitée à l’aide sociale coûtait 59,60 € par nuit dans le public, 63,10 € dans l’associatif, 62,30 € dans les grands groupes commerciaux et 63,50 € chez les autres établissements commerciaux. L’ensemble se tient à 61,30 €. La raison est simple : sur ces places, le tarif hébergement n’est pas fixé par la maison de retraite mais par le conseil départemental.
Sur une place non habilitée, l’écart explose
Hors habilitation, l’établissement fixe son prix lui-même, et la dispersion devient considérable : 59,80 € par nuit dans le public, 66,60 € dans l’associatif, 88,60 € chez les autres commerciaux, 97,60 € dans les grands groupes. L’ensemble ressort à 70,30 €.
Entre une place non habilitée du public à 59,80 € et une place non habilitée des grands groupes à 97,60 €, l’écart atteint 63 % sur une seule nuit, et il se multiplie par le nombre de nuits du mois. C’est le chiffre à garder en tête quand on vous présente un prix « tout compris » sans préciser le statut de la place.
Ce que le tarif standardisé corrige
On objecte souvent que les établissements commerciaux sont implantés dans les zones les plus chères. La DREES a neutralisé cet effet par régression, en retirant l’influence de la localisation, de la concurrence locale, de la qualité du bâtiment, du niveau de perte d’autonomie des résidents et du taux d’encadrement. Après ce traitement, le tarif non habilité reste à 92,60 € pour les grands groupes, 84,80 € pour les autres commerciaux, 65,70 € pour l’associatif et 61,80 € pour le public. L’écart se resserre, mais il ne disparaît pas : il ne s’explique donc pas seulement par l’adresse.
| Catégorie | Place habilitée à l’aide sociale | Place non habilitée | Non habilitée, standardisé |
|---|---|---|---|
| Grands groupes commerciaux | 62,30 € | 97,60 € | 92,60 € |
| Autres privés commerciaux | 63,50 € | 88,60 € | 84,80 € |
| Privés à but non lucratif | 63,10 € | 66,60 € | 65,70 € |
| Publics | 59,60 € | 59,80 € | 61,80 € |
| Ensemble | 61,30 € | 70,30 € | 69,80 € |
L’habilitation à l’aide sociale, la ligne de partage qui décide de tout
Ce mot d’administration ne figure sur aucune brochure commerciale. C’est pourtant lui qui commande la suite, bien plus que le prix affiché : sans habilitation, une branche entière des aides publiques reste fermée, définitivement.
93 % contre 19 %
En 2022, 81 % des places du parc étaient habilitées à l’aide sociale. Mais la répartition est radicalement inégale : 93 % dans le public, 84 % dans l’associatif, 25 % chez les commerciaux hors groupes, et 19 % seulement dans les EHPAD des cinq grands groupes. Autrement dit, quatre places sur cinq du secteur ouvrent ce droit, mais moins d’une sur cinq dans les établissements les plus visibles du marché.
Ce que l’habilitation ouvre, et ce qu’elle engage
L’aide sociale à l’hébergement, l’ASH, ne peut être demandée que sur une place habilitée : c’est la condition la plus discriminante du dispositif, rappelée par la fiche officielle vérifiée le 1er janvier 2026. Cette aide couvre une partie ou la totalité des frais d’hébergement, et peut aussi financer le tarif dépendance.
Elle a une contrepartie qu’il faut connaître avant de la demander : elle appelle les obligés alimentaires — enfants, gendres et belles-filles, les petits-enfants en étant dispensés depuis la loi du 8 avril 2024 — et elle est récupérable sur la succession. L’allocation personnalisée d’autonomie, elle, n’appelle ni les uns ni l’autre. Le statut de l’établissement décide donc, en cascade, de ce que la famille sera amenée à porter.
La question à poser, place par place
L’habilitation ne concerne pas toujours l’ensemble d’un établissement : elle porte sur des places. Un même EHPAD peut donc proposer les deux régimes selon la chambre disponible le jour de l’admission. Demandez par écrit si la place proposée est habilitée, et non si l’établissement l’est. Si la réponse est oui et que les ressources sont insuffisantes, la fiche publique recommande de déposer la demande d’ASH en même temps que le dossier d’admission, la décision produisant ses effets à compter de la demande.
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Un complément qui se glisse dans les temps morts
Il n’y a ni planning, ni engagement, ni quota à tenir. Vous consultez pendant les vingt minutes d’attente d’un rendez-vous d’admission, dans le train du retour, ou le soir quand les appels sont passés. C’est exactement le rythme d’un aidant, celui qu’aucun emploi d’appoint classique ne tolère.
L’ordre de grandeur, sans promesse
La fourchette de gains observée sur l’application est de 5 à 15 € par jour. En France, aucune conversion n’entre en jeu : les montants sont en euros. Cela ne remplace pas un salaire et ne financera pas une place en établissement. Cela absorbe en revanche le carburant, les repas pris à l’extérieur et les suppléments de linge que personne n’avait budgétés.
Le statut change-t-il la qualité de l’accompagnement ?
Sur ce terrain aussi, les données existent. Elles ne donnent pas raison à un camp sur toute la ligne : le public l’emporte nettement sur le personnel, le commercial sur le confort matériel.
Le taux d’encadrement, l’écart le plus net
Mesuré en équivalents temps plein pour 100 résidents, l’encadrement s’élevait à 73,0 dans le public non hospitalier et 72,9 dans le public hospitalier, contre 62,5 dans l’associatif, 62,7 chez les commerciaux hors groupes et 60,2 dans les grands groupes. L’écart se creuse encore sur le personnel soignant : 43,2 équivalents temps plein paramédicaux pour 100 résidents dans le public hospitalier contre 35,6 dans les grands groupes et 32,0 dans l’associatif ; 34,6 aides-soignants contre 25,1 ; 8,5 infirmiers diplômés d’État contre 6,4. L’ensemble des EHPAD employait, cette même année 2022, environ 391 400 personnes en équivalent temps plein.
Le confort matériel, avantage au privé commercial
Le rapport s’inverse sur le bâtiment. Les grands groupes offraient 90 chambres individuelles pour 100 résidents, l’associatif 88, les autres commerciaux 83, contre 68 dans le public. Les surfaces, elles, restent à l’avantage du public : 70 m² intérieurs par résident contre 49 m² dans les grands groupes, et 181 m² de surface extérieure contre 137 m². Détail moins connu, la fourniture des repas n’était pas externalisée dans 95,1 % des établissements des grands groupes, contre 71,8 % chez les autres commerciaux.
Vérifier l’évaluation, établissement par établissement
Aucune moyenne ne remplace la fiche de l’établissement visé. Depuis le 16 septembre 2025, le service Qualiscope de la Haute Autorité de santé publie les résultats d’évaluation des structures médico-sociales, à l’adresse construite sur le numéro FINESS de l’établissement. Le rythme légal est d’une évaluation tous les cinq ans, fixé par le décret du 26 avril 2022, et l’établissement a l’obligation d’afficher les principaux résultats dans ses locaux au plus tard quatre mois après la clôture. Si l’affiche n’est nulle part, demandez-la.
Ce que le statut doit changer dans votre recherche
Le statut n’est pas un débat d’opinion, c’est une variable de dossier. Il détermine l’écart de tarif quand la place n’est pas habilitée, la probabilité que l’aide sociale puisse jouer un jour, le nombre de soignants présents la nuit et la chance d’obtenir une chambre seule. Le public est moins cher et mieux encadré ; le privé commercial propose plus souvent une chambre individuelle. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et c’est précisément ce qui rend l’arbitrage difficile.
Posez donc trois questions dans cet ordre à chaque établissement : quel est votre statut, cette place est-elle habilitée à l’aide sociale, et quelle est la date de votre dernière évaluation. Et si le budget familial se tend pendant ces semaines de recherche, I am Beezy permet de dégager un complément depuis votre téléphone, sans horaire à respecter ni engagement à signer.