Un établissement vous annonce un prix mensuel. Vous le notez, vous le rapprochez de la pension de votre mère, et vous en tirez une conclusion. Cette conclusion est presque toujours fausse, parce que le chiffre annoncé ne correspond pas à ce que la famille réglera à la fin du mois.
Une facture d’EHPAD se compose de trois lignes distinctes, financées par trois payeurs différents. L’une est intégralement à la charge du résident, la deuxième est partagée avec le conseil départemental, la troisième n’est jamais facturée à personne dans la famille. Tant que ces trois lignes restent confondues, comparer deux établissements ne veut rien dire.
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Trois tarifs, trois payeurs : l’architecture d’une facture d’EHPAD
La séparation n’est pas une convention interne à chaque maison de retraite : elle est posée par le portail national d’information pour les personnes âgées, dont la page « Comprendre sa facture en EHPAD » a été mise à jour le 16 janvier 2026. Elle distingue l’hébergement, la dépendance et les soins.
L’hébergement, la ligne qui pèse le plus lourd
Le tarif hébergement couvre l’accueil hôtelier au sens large : la chambre et sa salle de bain, l’entretien des locaux, l’accès internet, la restauration en pension complète, le blanchissage du linge plat, l’animation de la vie sociale et l’administration générale. C’est la part la plus visible et la plus lourde de la facture.
Qui fixe ce tarif dépend d’un statut administratif que personne ne vous annoncera spontanément : le conseil départemental le fixe pour les places habilitées à l’aide sociale, l’établissement le fixe lui-même pour les places qui ne le sont pas. Posez donc la question à l’admission, avant même de parler du montant : cette place précise est-elle habilitée à l’aide sociale ? La réponse commande tout le reste, y compris les aides auxquelles votre parent pourra prétendre plus tard.
La dépendance, une part que vous ne réglez pas seul
Le tarif dépendance finance l’aide apportée dans les actes de la vie quotidienne : se lever, se laver, s’habiller, se déplacer, manger. Il est fixé chaque année par le conseil départemental, et il varie selon le degré de perte d’autonomie du résident.
Le résident en règle une partie, jamais la totalité dès lors qu’il relève de l’allocation personnalisée d’autonomie. C’est la ligne la plus mal comprise de la facture, et c’est aussi celle qui explique l’essentiel des écarts entre deux devis portant sur le même établissement.
Les soins, la ligne qui ne vous sera pas facturée
Le portail national est explicite sur ce point, dans une page datée du 15 novembre 2024 : « Les EHPAD et les USLD proposent une prise en charge médicale quotidienne. Ce coût est financé par l’Assurance maladie et n’est pas facturé aux résidents, contrairement au coût de l’hébergement lui-même. »
Autrement dit, une maison de retraite médicalisée ne vous vend pas de la médecine. Si un établissement vous présente une ligne « soins » à régler, demandez sur quelle base, et à quel texte elle se rattache.
| Tarif | Qui le fixe | Qui le règle |
|---|---|---|
| Hébergement | Le conseil départemental sur les places habilitées à l’aide sociale, l’établissement sur les autres | Le résident, aides déduites ensuite |
| Dépendance | Le conseil départemental, chaque année | Le résident, pour la part non couverte par l’allocation personnalisée d’autonomie |
| Soins | Tarification à l’Assurance maladie | L’Assurance maladie, jamais le résident |
Pourquoi le prix affiché n’est-il jamais votre reste à charge ?
Le portail public met à disposition un comparateur de prix qui affiche, pour deux à trois établissements à la fois, un montant mensuel « à partir de ». Ce montant est utile, mais il est construit, et sa construction est publiée noir sur blanc.
La formule officielle, telle que le portail la donne
Le prix mensuel « à partir de » est calculé sur la base du prix hébergement en chambre simple par jour multiplié par trente jours, auquel s’ajoute le tarif dépendance GIR 5-6 par jour multiplié par trente jours, hors aides publiques. Trois choix sont donc figés dans ce chiffre, et aucun des trois ne correspond à la situation moyenne d’un résident.
Le mois forfaitaire de trente jours en est le plus anodin : la facturation réelle est journalière, un mois de trente et un jours coûte une journée de plus. Les deux autres pèsent bien plus lourd.
Le tarif retenu est celui des résidents autonomes
La formule retient le tarif dépendance GIR 5-6, c’est-à-dire celui qui s’applique aux personnes considérées comme autonomes. Or un EHPAD accueille par définition des personnes en perte d’autonomie : selon l’enquête EHPA 2023 de la DREES, 85 % des résidents étaient en GIR 1 à 4 au 31 décembre 2023. Le prix affiché décrit donc une situation qui ne concerne qu’une petite minorité des personnes accueillies.
Les prestations en sus ne sont pas dans le chiffre
Le fichier public des prix comporte onze champs distincts de prestations facturées en supplément, plus une ligne dédiée au linge personnel et un champ libre pour les autres prestations. Le portail avertit lui-même que ces informations « ne sont pas forcément complètes » et recommande d’appeler l’établissement pour obtenir des précisions.
C’est la partie la moins comparable de la facture, et souvent celle qui crée la mauvaise surprise du deuxième mois : coiffure, pédicure, transport, entretien du linge personnel, téléphone, abonnements. Réclamez la grille complète des suppléments par écrit avant de signer le contrat de séjour.
GIR 1-2, 3-4, 5-6 : le tarif dépendance n’a que trois niveaux
La grille nationale AGGIR classe la perte d’autonomie en six groupes, du GIR 1 — la perte d’autonomie la plus élevée — au GIR 6. Mais le tarif, lui, n’a pas six niveaux : il en a trois, par paires de groupes. Cette différence explique une bonne partie des malentendus au moment de l’évaluation.
Ce que recouvre chaque niveau
Le niveau GIR 1-2 correspond, selon le portail, à un « besoin d’une aide importante d’un tiers dans les actes de la vie quotidienne » : c’est le tarif le plus élevé. Le niveau GIR 3-4 vise un besoin d’aide dans certains actes seulement, et se situe entre les deux. Le niveau GIR 5-6 concerne les personnes considérées comme autonomes, et porte le tarif le plus bas.
L’évaluation est conduite par le médecin coordonnateur de l’établissement, avec l’équipe soignante, après l’entrée. Elle ne se négocie pas, mais elle se comprend : demandez qu’on vous explique le classement retenu, puisqu’il détermine directement le montant de la deuxième ligne de la facture.
L’écart réel, sur un établissement réel
Les trois tarifs sont publiés établissement par établissement. Voici ce que porte, dans le fichier public de la CNSA arrêté à janvier 2026, l’établissement identifié par le numéro FINESS 010002228.
| Ligne de la facture | Montant par jour | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Hébergement permanent, chambre seule | 103 € | Base de la facture, à la charge du résident |
| Hébergement permanent, chambre double | 94 € | Neuf euros par jour d’écart avec la chambre seule |
| Tarif dépendance GIR 1-2 | 21,94 € | Niveau le plus élevé |
| Tarif dépendance GIR 3-4 | 13,93 € | Niveau intermédiaire |
| Tarif dépendance GIR 5-6 | 5,91 € | Niveau le plus bas, celui retenu dans le prix affiché |
Sur ce seul établissement, le tarif dépendance du niveau le plus élevé représente 3,7 fois celui du niveau le plus bas. C’est tout l’écart entre le prix affiché et la réalité d’un résident très dépendant, et il ne se lit nulle part sur une plaquette commerciale.
Le ticket modérateur dont personne ne parle
Quel que soit le groupe iso-ressources du résident, la part correspondant au tarif GIR 5-6 reste à sa charge. L’allocation personnalisée d’autonomie ne couvre que l’écart entre le tarif de son groupe et ce tarif GIR 5-6. Sur l’exemple ci-dessus, un résident classé en GIR 1-2 dont les ressources sont modestes conserve donc à sa charge les 5,91 € journaliers, l’aide portant sur la différence.
Cette règle est décrite par le portail pour les personnes dont les ressources sont inférieures à 2 846,77 € par mois en 2026. Au-dessus de ce seuil, la participation du résident au tarif dépendance est plus élevée, selon un barème que nous n’avons pas retrouvé sur une source officielle : demandez-le au conseil départemental plutôt qu’à l’établissement.
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Un revenu qui ne dépend pas d’un horaire
Il n’y a ni planning ni engagement : vous consultez quand vous avez dix minutes, dans une salle d’attente, dans le train, entre deux rendez-vous administratifs. C’est précisément ce que le rythme d’un aidant permet, et ce qu’un emploi d’appoint classique interdit.
Ce que cela représente sur un mois
La fourchette de gains observée sur l’application est de 5 à 15 € par jour. En France, aucun taux de change n’entre en jeu : les montants sont directement en euros. Rapportée à un mois, cette fourchette ne remplace pas un salaire, et elle n’a pas vocation à financer une place en établissement. Elle absorbe en revanche une partie des frais périphériques — carburant, repas pris à l’extérieur, suppléments de linge — que personne n’avait budgétés.
Où lire les tarifs de l’établissement qui vous intéresse ?
Vous n’avez besoin d’aucun intermédiaire pour obtenir ces chiffres. Ils sont publics, nominatifs, et leur transmission est une obligation légale née de la loi d’adaptation de la société au vieillissement, dont le décret d’application n° 2015-1868 du 30 décembre 2015 fixe les modalités.
L’annuaire public, fiche par fiche
Le portail national tient un annuaire des EHPAD où chaque établissement dispose d’une fiche : coordonnées, statut, nombre de chambres, équipements, prix hébergement et tarifs dépendance. Les établissements saisissent eux-mêmes leurs prix dans une application dédiée, au moins une fois par an avant le 30 juin, et la mise à jour est répercutée dans l’annuaire sous quarante-huit heures.
Le fichier de la CNSA, par numéro FINESS
Pour aller plus loin, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie publie le fichier source en données ouvertes. Chaque ligne correspond à un numéro FINESS d’établissement et porte le prix journalier d’hébergement permanent et temporaire, en chambre seule et en chambre double, plus les trois tarifs dépendance. Le fichier annuel arrêté au 31 décembre 2025 comporte 6 075 établissements.
Deux réserves à garder en tête
La CNSA qualifie elle-même ces données de brutes : « non retravaillées », elles « peuvent contenir des informations non fiabilisées », même s’il s’agit bien des valeurs remontées par les établissements. Et la fréquence annoncée n’est plus tenue : aucun dépôt n’a eu lieu après le 13 février 2026, si bien que la donnée disponible porte sur janvier 2026. Un tarif lu dans ce fichier se confirme donc par téléphone avant toute signature.
Les départements où l’architecture change
Depuis le 1er juillet 2025, vingt-trois départements expérimentent un autre mode de financement : la fusion du tarif soins et du tarif dépendance en un forfait global unique. La liste de ces départements n’est pas publiée sur les pages officielles que nous avons consultées. Si l’établissement visé s’y trouve, la décomposition en trois lignes décrite ici ne s’applique pas telle quelle, et c’est au conseil départemental de vous l’indiquer.
Ce qu’il faut vérifier avant de signer
Trois questions suffisent à transformer un prix affiché en reste à charge crédible. Cette place est-elle habilitée à l’aide sociale ? Quels sont les trois tarifs dépendance de la maison, et non le seul plus bas ? Quelle est la liste écrite des prestations facturées en supplément, linge personnel compris ? Aucune de ces trois réponses ne figure sur une plaquette, et toutes les trois sont opposables.
Prenez le temps de les poser avant la visite de courtoisie, pas après. Et si le budget familial se tend pendant cette période, I am Beezy permet de dégager un complément en consultant des contenus depuis votre téléphone, sans horaire à respecter ni engagement à signer.