Une lettre du conseil départemental arrive, elle porte une mention brève : GIR 4. Personne n’a expliqué à la famille ce que ce chiffre recouvrait, ni qu’il venait d’engager plusieurs centaines d’euros par mois. C’est pourtant le point de bascule de tout le dossier.
Le GIR, ou groupe iso-ressources, est le niveau de perte d’autonomie attribué à une personne âgée. Il commande trois choses à la fois : le droit à l’allocation personnalisée d’autonomie, le niveau de tarif dépendance appliqué sur la facture de l’établissement, et la place que votre parent occupe dans la file d’attente des aides. Aucune de ces trois conséquences n’est écrite sur la notification.
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Six groupes, du confinement au lit à l’autonomie complète
Le portail national d’information pour les personnes âgées le résume en une phrase, sur une page mise à jour le 30 janvier 2026 : il existe six GIR, le GIR 1 correspondant au niveau de perte d’autonomie le plus fort et le GIR 6 au plus faible. Entre les deux, la progression n’est pas régulière, et c’est ce qui trompe les familles.
Ce que chaque groupe décrit exactement
Le GIR 1 vise les personnes confinées au lit, dont les fonctions mentales sont gravement altérées, et dont l’état exige la présence continue d’intervenants. Le GIR 2 réunit deux profils très différents : les personnes confinées au lit ou au fauteuil sans altération mentale totale, et celles dont les fonctions mentales sont altérées mais qui ont conservé leurs capacités de déplacement.
Le GIR 3 correspond aux personnes ayant conservé leur autonomie mentale et partiellement leur autonomie locomotrice, mais qui ont besoin d’aides plusieurs fois par jour pour leur autonomie corporelle. Le GIR 4 rassemble celles qui ne peuvent pas se lever seules mais se déplacent une fois debout, et celles qui n’ont pas de problème locomoteur mais doivent être aidées pour la toilette, l’habillage et les repas.
Les GIR 5 et 6 décrivent des personnes autonomes pour l’essentiel des actes de la vie courante, avec au plus une aide ponctuelle pour la toilette ou les tâches domestiques.
La frontière qui compte n’est pas au milieu de l’échelle
Le seuil décisif se situe entre le GIR 4 et le GIR 5, parce que seules les personnes classées en GIR 1, 2, 3 ou 4 peuvent bénéficier de l’allocation personnalisée d’autonomie. Une personne évaluée en GIR 5 ou 6 n’y a pas droit ; le portail national la renvoie vers une aide-ménagère ou vers une aide de sa caisse de retraite, ce qui relève d’un autre guichet et d’un autre budget.
| Groupe | Situation décrite par le portail national | Droit à l’APA |
|---|---|---|
| GIR 1 | Confinement au lit, fonctions mentales gravement altérées, présence continue indispensable | Oui |
| GIR 2 | Confinement au lit ou au fauteuil, ou fonctions mentales altérées avec déplacement conservé | Oui |
| GIR 3 | Autonomie mentale conservée, aides corporelles plusieurs fois par jour | Oui |
| GIR 4 | Transferts non assumés seuls, ou aide nécessaire pour la toilette, l’habillage et les repas | Oui |
| GIR 5 | Déplacements, repas et habillage assurés seuls, aide ponctuelle possible | Non |
| GIR 6 | Autonomie pour tous les actes discriminants de la vie courante | Non |
Qui conduit l’évaluation, et avec quel outil ?
L’outil est unique et il porte un nom : la grille AGGIR, pour autonomie gérontologie groupe iso-ressources. Le portail national en décrit le fonctionnement sur une page mise à jour le 28 janvier 2026. Ce n’est ni un questionnaire de satisfaction ni un bilan médical : c’est une observation d’actes.
Dix-sept rubriques, dont dix seulement comptent
La grille compte 17 rubriques appelées variables. Dix portent sur la perte d’autonomie physique et psychique et sont dites discriminantes : cohérence, orientation, toilette, habillage, alimentation, élimination, transferts, déplacements à l’intérieur, déplacements à l’extérieur, communication à distance. Les sept autres — gestion, cuisine, ménage, transport, achats, suivi du traitement, activités de temps libre — sont illustratives.
Seules les dix variables discriminantes entrent dans le calcul du groupe iso-ressources ; les sept autres servent à bâtir le plan d’aide et non à classer la personne. Chaque rubrique est cotée A, B ou C : A pour un acte accompli seul, spontanément, totalement, habituellement et correctement ; B pour un acte accompli seul mais partiellement, irrégulièrement ou incorrectement ; C pour un acte qui n’est pas accompli seul.
À domicile, l’équipe médico-sociale du département
Quand la demande d’APA porte sur le domicile, un professionnel de l’équipe médico-sociale APA prend contact pour organiser une visite d’évaluation sur place. La grille est intégrée à un référentiel plus large qui sert aussi à construire le plan d’aide. Les évaluateurs des caisses de retraite l’utilisent également, dans le cadre de leurs propres aides.
En établissement, le médecin coordonnateur
En maison de retraite médicalisée, l’évaluation change de main : c’est le médecin coordonnateur de l’établissement, en concertation avec l’équipe soignante, qui détermine le GIR du résident, après son entrée. La conséquence pratique est peu connue des familles : le professionnel qui fixe le niveau de dépendance appartient à la structure qui facturera le tarif correspondant.
Trois niveaux de tarif dépendance, pas six
La grille a six groupes, la facture n’en connaît que trois. Le portail national, sur sa page « Comprendre sa facture en EHPAD » mise à jour le 16 janvier 2026, retient trois niveaux tarifaires appariés : GIR 1-2 pour un besoin d’aide importante d’un tiers dans les actes de la vie quotidienne, GIR 3-4 pour un besoin d’aide dans certains actes, GIR 5-6 pour les personnes considérées comme autonomes.
Trois colonnes publiques, établissement par établissement
Ces trois tarifs ne sont pas des ordres de grandeur nationaux : ils sont déclarés par chaque maison de retraite et publiés en données ouvertes par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, sous les intitulés de colonnes TARIF_GIR_12, TARIF_GIR_34 et TARIF_GIR_56, rattachés au numéro FINESS de l’établissement.
Un exemple réel, lu dans le fichier de janvier 2026 : sur l’établissement portant le numéro FINESS 010002228, le tarif GIR 1-2 s’élève à 21,94 € par jour, le tarif GIR 3-4 à 13,93 € et le tarif GIR 5-6 à 5,91 €. Sur une même maison, le premier niveau représente près de 3,7 fois le dernier.
Deux réserves à garder en tête sur ces données
La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie qualifie elle-même ces fichiers de données brutes non retravaillées, pouvant contenir des informations non fiabilisées. Et si la fréquence de publication annoncée est mensuelle, aucun fichier n’a été déposé après le 13 février 2026 : la donnée la plus récente porte sur janvier 2026. Demandez donc toujours la grille tarifaire en cours à l’établissement.
| Niveau tarifaire | Situation retenue par le portail national | Exemple sur l’établissement FINESS 010002228, janvier 2026 |
|---|---|---|
| GIR 1-2 | Besoin d’une aide importante d’un tiers dans les actes de la vie quotidienne | 21,94 € par jour |
| GIR 3-4 | Besoin d’une aide d’un tiers dans certains actes de la vie quotidienne | 13,93 € par jour |
| GIR 5-6 | Personnes considérées comme autonomes | 5,91 € par jour |
Ce que votre groupe change réellement sur ce que vous réglez
La mécanique n’est pas intuitive, et c’est elle qui explique les écarts entre deux devis portant sur le même établissement. Elle tient en une phrase : la part correspondant au tarif GIR 5-6 reste à la charge du résident quel que soit son groupe, et l’allocation personnalisée d’autonomie ne couvre que l’écart entre le tarif de son GIR et ce tarif GIR 5-6.
Le ticket modérateur que personne ne vous annonce
Autrement dit, un résident classé en GIR 1 ne voit pas le tarif de 21,94 € disparaître de sa facture parce qu’il touche l’APA : il conserve à sa charge l’équivalent du tarif le plus bas, et l’aide prend le reste. Le portail national précise qu’une aide complémentaire, l’aide sociale à l’hébergement, peut être demandée pour ce reliquat.
Un seuil de ressources qui change la donne
Ce mécanisme est décrit par le portail national pour un cas précis : celui d’un bénéficiaire dont les ressources sont inférieures à 2 846,77 € par mois en 2026. Au-dessus de ce seuil, la participation du résident au tarif dépendance est plus élevée, et le barème applicable n’est pas exposé sur la page officielle : réclamez-le au conseil départemental plutôt que de le supposer.
Une architecture qui ne vaut plus partout
Depuis le 1er juillet 2025, 23 départements expérimentent un autre mode de financement, qui fusionne le tarif soins et le tarif dépendance en un forfait global unique relatif aux soins et à l’entretien de l’autonomie. La liste de ces départements n’est pas publiée sur la page consultée : demandez au conseil départemental si le vôtre en fait partie avant de raisonner sur trois tarifs.
Une situation majoritaire, pas un cas particulier
L’enquête EHPA 2023 de la DREES, dont les données portent sur le 31 décembre 2023, mesure que 85 % des résidents des établissements d’hébergement pour personnes âgées sont en perte d’autonomie, c’est-à-dire classés en GIR 1 à 4. Le tarif GIR 5-6, sur lequel les prix affichés sont calculés, décrit donc une minorité de résidents.
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Un complément qui ne dépend d’aucun horaire
Ce n’est pas un revenu de remplacement et cela ne financera pas une place en établissement. C’est un appoint qui se cumule avec le reste, utilisable dans une salle d’attente ou dans le train du dimanche, au moment où le temps disponible est fragmenté. Rien n’oblige à s’y tenir un nombre d’heures donné.
Comment faire réviser ou contester un GIR ?
Un GIR n’est pas gravé. Il décrit un état à un instant donné, et un état se dégrade — parfois brutalement, après une chute ou une hospitalisation. Le portail national indique qu’une personne bénéficiaire de l’APA peut demander une réévaluation de son degré de perte d’autonomie lorsque son état de santé évolue, en s’adressant à l’équipe médico-sociale qui a procédé à la précédente évaluation.
D’abord la réévaluation, ensuite le recours
La demande de réévaluation est le geste le plus simple et le plus efficace : elle ne conteste rien, elle actualise. En établissement, l’interlocuteur naturel est le médecin coordonnateur, qui a posé le GIR initial. Notez par écrit les faits nouveaux — chutes, aide nécessaire à la toilette, désorientation — plutôt que d’argumenter sur le niveau souhaité.
Le recours préalable, puis le tribunal administratif
Si la décision reste contestée, la fiche « Allocation personnalisée d’autonomie » de Service-Public, vérifiée le 1er juin 2026, décrit une voie précise. Un recours administratif préalable obligatoire doit être formé devant les services du département dans les deux mois qui suivent la notification de la décision contestée. Le président du conseil départemental dispose ensuite de deux mois pour répondre, et cette réponse conditionne la suite.
À défaut d’accord, un recours contentieux peut être déposé devant le tribunal administratif, dans les deux mois qui suivent la notification de la décision contestée. Sachez enfin que la décision du département sur une demande d’APA doit intervenir dans les deux mois qui suivent la réception d’un dossier complet : au-delà, relancez par écrit.
Les trois documents à réunir avant tout
Réunissez la notification qui porte le GIR, la dernière facture de l’établissement avec le détail des trois lignes, et la grille tarifaire dépendance de l’année en cours. Ces trois pièces suffisent à vérifier que le tarif appliqué correspond bien au groupe attribué — c’est l’erreur la plus simple à repérer, et personne d’autre ne la cherchera à votre place. Si le budget familial se tend pendant cette période d’instruction, I am Beezy permet de dégager un complément depuis votre téléphone, sans engagement ni horaire à respecter.