Il y a 80 ans, le mardi 1er octobre 1946, le Tribunal militaire international de Nuremberg prononçait ses peines contre les principaux dirigeants de l'Allemagne nazie. Commencée la veille, le 30 septembre, la lecture du jugement s'est achevée sur le sort de 22 accusés : 12 condamnations à mort, 3 à la prison à perpétuité, 4 à des peines de 10 à 20 ans, et 3 acquittements. Le procès s'était ouvert le 20 novembre 1945 dans le palais de justice de la ville bavaroise.
Ce jugement n'a pas seulement puni des hommes. Il a fait entrer dans le droit l'idée qu'un dirigeant répond personnellement de ses crimes, et il a donné un contenu juridique au crime contre l'humanité. Voici les faits, accusé par accusé, la place de la France dans ce tribunal, et l'héritage du procès de Nuremberg jusqu'à la Cour pénale internationale.
Qu'a jugé le tribunal de Nuremberg ?
Un tribunal créé par l'accord de Londres
Le tribunal est né de l'accord de Londres, signé le 8 août 1945 par les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Union soviétique et la France. Chacune des quatre puissances y siégeait avec un juge titulaire et un suppléant, et disposait de sa propre équipe d'accusation. Selon le ministère des Armées, 21 autres pays ont ensuite adhéré à cet accord. Les débats étaient traduits en simultané dans quatre langues : anglais, français, allemand et russe.
Quatre chefs d'accusation
Les accusés devaient répondre de quatre chefs : le complot, les crimes contre la paix, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité. Ce dernier chef, défini par le statut du tribunal, visait selon le ministère des Armées « l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, les déportations et tout acte inhumain commis contre toutes les populations civiles ».
24 inculpés, 22 jugés
Vingt-quatre hommes avaient été inculpés. Robert Ley s'est suicidé avant l'ouverture des débats et Gustav Krupp a été jugé inapte en raison de son état de santé. Martin Bormann, introuvable, a été jugé par contumace. Le tribunal a également déclaré criminelles plusieurs organisations, dont la SS, la Gestapo, le SD et le corps des dirigeants du parti nazi, selon l'Encyclopédie multimédia de la Shoah.
Le verdict du 1er octobre 1946, accusé par accusé
Douze condamnations à mort
Douze accusés ont été condamnés à mort par pendaison, dont Martin Bormann par contumace. Hermann Göring s'est donné la mort au cyanure dans sa cellule le 15 octobre 1946, la veille de l'exécution. Les dix autres condamnés présents ont été pendus le 16 octobre 1946.
Prison et acquittements
Sept accusés ont reçu des peines de prison, de 10 ans à la perpétuité. Trois ont été acquittés : Hjalmar Schacht, Franz von Papen et Hans Fritzsche.
| Peine prononcée | Accusés | Nombre |
|---|---|---|
| Mort par pendaison | Hermann Göring, Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel, Ernst Kaltenbrunner, Alfred Rosenberg, Hans Frank, Wilhelm Frick, Julius Streicher, Fritz Sauckel, Alfred Jodl, Arthur Seyss-Inquart, Martin Bormann (par contumace) | 12 |
| Prison à perpétuité | Rudolf Hess, Walter Funk, Erich Raeder | 3 |
| 20 ans de prison | Baldur von Schirach, Albert Speer | 2 |
| 15 ans de prison | Konstantin von Neurath | 1 |
| 10 ans de prison | Karl Dönitz | 1 |
| Acquittement | Hjalmar Schacht, Franz von Papen, Hans Fritzsche | 3 |
Quelle place pour la France dans ce tribunal ?
Deux juges français
La France siégeait avec le professeur de droit pénal Henri Donnedieu de Vabres, juge titulaire, et Robert Falco, juge suppléant. Robert Falco avait représenté la France lors des négociations qui ont abouti au statut du tribunal.
Une accusation menée par François de Menthon
Le procureur français était François de Menthon, ancien ministre de la Justice nommé par le général de Gaulle. Après son départ de Nuremberg, il a été remplacé par Auguste Champetier de Ribes. Dans l'équipe de l'accusation figurait Edgar Faure, procureur adjoint chargé des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis dans les pays d'Europe de l'Ouest.
Qu'est-ce que le jugement a changé dans le droit international ?
La responsabilité pénale individuelle
Avant Nuremberg, un État répondait de ses actes, rarement ses dirigeants. Le tribunal a jugé des personnes, et a écarté deux défenses : la fonction officielle de l'accusé et l'obéissance aux ordres d'un supérieur. Ces deux règles sont devenues des principes du droit international.
Les principes de Nuremberg à l'ONU
Le 11 décembre 1946, l'Assemblée générale des Nations unies a confirmé à l'unanimité, par sa résolution 95 (I), les principes de droit international reconnus par le statut et le jugement du tribunal. En 1950, la Commission du droit international les a formulés en sept principes, de la responsabilité individuelle à la complicité.
De Nuremberg à la Cour pénale internationale
En France, la loi du 26 décembre 1964 a rendu imprescriptibles les crimes contre l'humanité, en renvoyant à la définition du statut de Nuremberg. Le Statut de Rome, adopté le 17 juillet 1998, a créé la Cour pénale internationale, entrée en fonction le 1er juillet 2002 à La Haye, après la ratification de 60 États.
| Date | Étape |
|---|---|
| 8 août 1945 | Accord de Londres : création du Tribunal militaire international |
| 20 novembre 1945 | Première audience à Nuremberg |
| 30 septembre et 1er octobre 1946 | Lecture du jugement et prononcé des peines |
| 16 octobre 1946 | Exécution de dix condamnés |
| 11 décembre 1946 | Résolution 95 (I) de l'ONU confirmant les principes de Nuremberg |
| 1950 | Les sept principes de Nuremberg formulés par la Commission du droit international |
| 26 décembre 1964 | Loi française sur l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité |
| 17 juillet 1998 | Adoption du Statut de Rome |
| 1er juillet 2002 | Entrée en vigueur du Statut de Rome, Cour pénale internationale à La Haye |
80 ans après : rencontres, film et documentaire
Une conférence à Nantes le 16 octobre
Pour le 80e anniversaire du verdict, l'AFMD de Loire-Atlantique annonce une conférence le vendredi 16 octobre 2026 à 16 h, à l'auditorium de l'Hôtel du Département, à Nantes, avec l'historien Thomas Fontaine, du Réseau des musées de la Résistance nationale. L'entrée est gratuite, sur réservation.
Le film « Nuremberg » de James Vanderbilt
Sorti en salles en France le 28 janvier 2026, distribué par Nour Films, « Nuremberg » met en scène Rami Malek dans le rôle du psychiatre américain Douglas Kelley, chargé d'évaluer les accusés, face à Russell Crowe en Hermann Göring. Le film s'inspire du livre « The Nazi and the Psychiatrist » de Jack El-Hai.
Un documentaire sur les témoins du procès
Le documentaire « Au cœur de l'histoire. Le procès de Nuremberg », d'Alfred de Montesquiou, coproduit avec Arte France, a été présenté en avant-première au Mémorial de la Shoah le 16 novembre 2025. Il raconte le procès à travers le regard des écrivains et correspondants de guerre venus le couvrir, dont Joseph Kessel et Martha Gellhorn.
Questions fréquentes sur le procès de Nuremberg
Combien de temps a duré le procès ?
Près d'un an : de la première audience, le 20 novembre 1945, au prononcé des peines, le 1er octobre 1946. Le ministère des Armées compte plus de 400 audiences.
Combien d'accusés ont été condamnés ?
Sur les 22 accusés jugés, 19 ont été condamnés et 3 acquittés. Douze ont été condamnés à mort, dont dix ont été exécutés le 16 octobre 1946.
Y a-t-il eu d'autres procès à Nuremberg ?
Oui. Après ce premier procès des grands criminels de guerre, les autorités américaines ont organisé à Nuremberg douze autres procès, devant des tribunaux militaires américains, visant notamment des médecins, des juristes et des industriels.
Ce qu'il faut retenir
Le 1er octobre 1946, quatre puissances alliées ont jugé ensemble les dirigeants d'un régime pour des crimes commis contre des populations civiles. Les peines ont frappé 19 accusés, et les principes posés ce jour-là, repris par l'ONU dès décembre 1946, fondent encore le travail de la Cour pénale internationale.
Sources : Encyclopédie multimédia de la Shoah (USHMM), Ministère des Armées, Chemins de mémoire, Nations unies, résolution 95 (I)