Le ministre belge de la Défense, Theo Francken (N-VA), a jugé dépassées les exigences que l’OTAN adresse à ses États membres. Il s’exprimait le mercredi 30 septembre 2026 à Bruxelles, lors d’une conférence sur la défense organisée par la chaîne Euronews. « Ce que la Belgique doit actuellement acheter pour l’OTAN ne correspond pas à nos besoins en cas de guerre », a-t-il déclaré, selon la dépêche reprise par la RTBF, La DH et La Libre.
Le ministre vise ce que la presse appelle la « liste des courses » de l’Alliance : les équipements et les troupes que chaque pays doit fournir. Il plaide pour une révision plus rapide de ces besoins et pour une Europe mieux protégée contre les attaques aériennes et les drones.
Qu’a dit Theo Francken sur l’OTAN ?
Un processus jugé « trop lent »
L’Alliance atlantique actualise tous les quatre ans les besoins de défense de l’Europe, puis répartit entre les États membres les troupes et les équipements à fournir. Les objectifs capacitaires actuels doivent être atteints d’ici 2029. Pour Theo Francken, ce processus est « trop lent ». « Je pense que nous devons procéder à cette mise à jour plus tôt et plus rapidement », a-t-il ajouté.
Il affirme ne pas être le seul à douter : « Chaque ministre de la Défense » se pose « de nombreuses questions sur certaines capacités » dont l’OTAN dépend encore. En cause, selon lui, l’évolution rapide de la guerre, avec l’essor des drones et de l’intelligence artificielle. « C’est donc un sujet que nous devons aborder au sein de l’Otan », a-t-il conclu sur ce point.
La défense aérienne comme priorité européenne
Dans un entretien accordé à Euronews en marge du sommet, le ministre a désigné la Russie comme la plus grande menace pour la sécurité de la Belgique, qui a subi cette année plusieurs incidents de drones, dont certains ont perturbé le trafic aérien. « Nous avons donc besoin de défense aérienne », a-t-il insisté. Il estime que l’Europe a besoin de la technologie ukrainienne pour contrer les drones russes, et qu’elle doit augmenter ses stocks, sa production et sa base industrielle. Il s’attend à davantage d’attaques dans la zone grise « entre guerre et paix », et prévient : « Ce sera un hiver sombre pour l’Europe ».
2 %, 3,5 %, 5 % : que demande l’OTAN à ses membres ?
De la norme de 2 % à l’engagement de La Haye
Pendant des années, la référence de l’Alliance était de consacrer 2 % du produit intérieur brut (PIB) à la défense. Au sommet de La Haye, le 25 juin 2025, les 32 États membres se sont engagés à porter cet effort à 5 % du PIB d’ici 2035. Ce total se divise en deux piliers : 3,5 % pour les dépenses de défense proprement dites, et 1,5 % pour les infrastructures critiques et la protection des réseaux de communication notamment. Une évaluation intermédiaire est prévue pour tous les pays en 2029.
La position belge : « à notre rythme »
À La Haye, le Premier ministre Bart De Wever avait rapporté s’être adressé directement à Donald Trump : « Je lui ai dit: “permettez-nous de faire nos investissements à notre rythme, comme un État souverain” ». Selon la VRT, la Belgique a obtenu que le soutien militaire et industriel à l’Ukraine puisse être compté dans les 5 %. Le 30 septembre, sur Euronews, Theo Francken a indiqué que consacrer 5 % du PIB à la défense ne serait pas réaliste pour la Belgique à court terme.
| Échéance | Objectif ou décision | Source |
|---|---|---|
| 2025 et 2026 | Belgique à 2 % du PIB, soit plus de 14 milliards d’euros | RTBF, juillet 2026 |
| 2029 | Objectifs capacitaires OTAN à atteindre, évaluation intermédiaire des 5 % | RTBF, VRT |
| 2029 (sans effort nouveau) | Dépenses belges projetées à 1,93 % du PIB | RTBF, juillet 2026 |
| 2033 | Vision stratégique belge : 2 % du PIB maintenus | VRT, juin 2025 |
| 2034 | Vision stratégique belge : 2,5 % du PIB | VRT, juin 2025 |
| 2035 | Engagement OTAN : 5 % du PIB (3,5 % + 1,5 %) | La DH, VRT |
Où en est la Belgique : budget et achats militaires
Un budget doublé, sous contrainte
Theo Francken le reconnaît lui-même : « Nous étions comme le plus mauvais élève de la classe de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Nous consacrions 1 % du PIB aux dépenses de défense ». Ce budget a depuis doublé, a-t-il rappelé, avant d’ajouter : « Mais je ne peux pas rattraper en 18 mois ce qui a été négligé pendant 40 ans. » La Belgique a atteint les 2 % en 2025 et en 2026, en partie grâce à la « standardisation », qui consiste à classer sous l’étiquette Défense des dépenses existantes, comme les pensions d’anciens militaires. Selon le comité de monitoring cité par la RTBF, il manquerait 107 millions d’euros dès 2027 et jusqu’à 550 millions en fin de législature pour rester à 2 %.
Défense aérienne et avions de combat
Le principal achat récent concerne la défense aérienne. Au sommet de l’OTAN à Ankara, le 8 juillet 2026, la Belgique a signé avec les Pays-Bas un achat conjoint de 3,1 milliards d’euros, munitions comprises. Ce mercredi 30 septembre, le constructeur norvégien Kongsberg a annoncé la commande des NASAMS, passée par les Pays-Bas au nom de la Belgique. Une capacité minimale sera louée dès 2027. En 2025, le Conseil des ministres avait aussi validé l’achat de onze F-35 supplémentaires.
| Équipement | Quantité | Fournisseur |
|---|---|---|
| Batteries de défense aérienne NASAMS | 10 | Kongsberg (Norvège) |
| Systèmes antidrones SkyRanger 30 | 20 | Rheinmetall (Suisse) |
| Radars GM200 | 14 | Thales (France) |
| Véhicules de commandement | 54 | Iveco (Italie) |
| Total de l’achat conjoint | 3,1 milliards d’euros | Contrat néerlandais |
Source : RTBF et Belga, juillet et septembre 2026. Le contrat des SkyRanger sera signé plus tard.
Majorité et opposition : quelles réactions ?
Pas de réaction publiée à ces propos précis
À la date du 1er octobre 2026, les médias consultés ne rapportent aucune réaction officielle d’un parti, de la majorité ou de l’opposition, aux déclarations de Theo Francken sur l’OTAN. Le gouvernement fédéral, dit Arizona, réunit la N-VA, le MR, Les Engagés, Vooruit et le CD&V. En juillet, le Premier ministre avait fixé la ligne du gouvernement : « On restera un bon élève jusqu’à la fin de la législature », tout en prévenant que « le vrai défi sera d’augmenter nos dépenses à 3,5% lors de la prochaine législature parce que le budget en Belgique est catastrophique ».
Les critiques déjà formulées sur les achats
Les dépenses militaires font débat depuis le printemps, autour d’un achat de matériel antidrones. Le 20 mai 2026, en commission de la Défense, Nabil Boukili (PTB) déclarait au ministre : « Votre partenaire de gouvernement Vooruit bloque désormais tout nouvel achat tant que l’audit sur l’acquisition de matériel anti-drones n’a pas été réalisé. » Christophe Lacroix (PS) estimait : « On demande au citoyen, au service public de faire des efforts et vous semblez agir sans contrôle dans vos achats ». Kjell Vander Elst (Anders) demandait : « ces dépenses sont-elles réellement nécessaires ? ». Theo Francken répondait souhaiter lui-même un audit.
Questions fréquentes sur les propos de Theo Francken
La Belgique remet-elle en cause son appartenance à l’OTAN ?
Non. Le ministre critique la méthode et le rythme de la planification de l’Alliance, pas l’appartenance de la Belgique. Il demande que la liste des besoins soit mise à jour plus tôt et plus souvent.
Que va-t-il se passer au sein de l’OTAN ?
Selon la dépêche Belga, l’OTAN discutera en octobre des principes de ses nouveaux plans de défense, dont les principales menaces pour l’Alliance. Ce cycle est jugé tendu, car les États-Unis réduisent leur contribution à la défense de l’Europe.
Ce qu’il faut retenir
Une critique du rythme, un budget sous pression
Theo Francken estime que les besoins fixés par l’OTAN ne suivent plus l’évolution de la guerre, en particulier face aux drones, et que l’Europe doit renforcer sa défense aérienne. La Belgique consacre 2 % de son PIB à la défense en 2025 et en 2026, loin de l’objectif de 3,5 % adopté pour 2035. Les prochaines discussions de l’Alliance, en octobre, diront si la demande belge d’une planification plus rapide trouve un écho.