Le mardi 6 octobre 2026, au siège du Rassemblement national à Paris, Marine Le Pen a présenté le contre-budget de son parti, aux côtés de Jordan Bardella et du député Jean-Philippe Tanguy. Elle promet « 140 milliards d’euros net d’économies d’ici 2032 » par rapport à 2026, l’équilibre primaire en 18 mois et un déficit public sous les 3 % du PIB en 2030, contre 5,4 % prévus en 2026, selon l’AFP.
Quelques heures plus tard, à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie Roland Lescure a répondu au député RN Jean-Philippe Tanguy par une formule répétée plusieurs fois : « Vous rêvez en couleurs ». L’examen du budget 2027 par les députés commence ce mercredi 7 octobre en commission des finances.
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Que contient le contre-budget du RN présenté le 6 octobre ?
Un effort chiffré à 140 milliards d’euros en 2032
Le montant dépasse de 15 milliards celui annoncé fin août devant le Medef. Marine Le Pen l’explique par la hausse des taux d’intérêt et par le « budget indigent » du gouvernement. Selon l’AFP, elle parle d’un « effort radical ». Elle a aussi déclaré : « Si les Français ne choisissent pas une rupture politique, la France court vers le défaut ». La dette passerait de 121 % du PIB en 2027 à 112 % en 2032, d’après Public Sénat.
Des économies sur l’immigration, l’État, les retraites et l’Europe
La « priorité nationale » et la « reprise en main » de l’immigration doivent rapporter 15 milliards la première année, puis 29 milliards en année pleine, soit environ 20 % du plan. Sont aussi visées la contribution européenne, la politique de la ville, les associations et l’aide au développement. Jean-Philippe Tanguy annonce au moins 200 000 postes en moins en cinq ans dans les collectivités et les agences.
Des baisses d’impôts et des dépenses nouvelles en face
En sens inverse, le RN promet 30 milliards de baisses d’impôts nettes sur le quinquennat et une quinzaine de milliards de dépenses pour des « droits nouveaux », selon l’AFP. Il veut aussi une « règle d’or » budgétaire inscrite dans la Constitution par référendum, organisé dans la première année du mandat.
Mesure par mesure : les montants annoncés et les objections
Le tableau des principales mesures
Les montants ci-dessous sont ceux annoncés par le RN et rapportés par l’AFP et Public Sénat. Ce sont des engagements de campagne, pas des mesures votées.
| Mesure | Montant annoncé par le RN | Ce qu’en disent les critiques |
|---|---|---|
| Immigration et « priorité nationale » | 15 milliards la première année, 29 milliards en année pleine | Roland Lescure y voit des mesures « pour la plupart anticonstitutionnelles » |
| Baisse de la contribution à l’Union européenne | 9 milliards par an | Il faudrait l’accord des « 26 partenaires », selon Roland Lescure |
| Retraites, « corrections de mesures injustes » | 15 à 20 milliards à terme | Citées par David Amiel parmi les mesures contestées |
| Réorganisation de l’État | 20,7 milliards dès 2027 | David Amiel dénonce des mesures « chiffrées de manière totalement fantaisistes » |
| Suppression d’agences de l’État | 3,4 milliards en 2027 | Une commission d’enquête du Sénat chiffrait ces économies à 500 millions |
| Collectivités locales | 8,2 milliards en 2027 | Fin des intercommunalités et des métropoles prévue en annexe |
| Taxe sur les rachats d’actions | 11 milliards attendus | Elle rapporte aujourd’hui 200 millions, selon David Amiel |
L’hypothèse de croissance au cœur du débat
Le RN table sur une croissance de 1,8 % par an pendant cinq ans. La candidate juge ses prévisions « extrêmement raisonnables ». C’est ce chiffre que le gouvernement conteste en premier.
Que répond Roland Lescure, et que disent les autres camps ?
Le gouvernement : « Vous rêvez en couleurs »
Pendant les questions au gouvernement, Roland Lescure a jugé que la croissance de 1,8 % était « bien au-dessus de ce que tous les économistes sérieux français et internationaux planifient ». Il a dénoncé « des mesures parfaitement incantatoires et totalement inapplicables » sur l’Europe et l’immigration. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a déclaré à l’AFP : « ce contre-budget, c’est un budget Potemkine, en carton-pâte. Il y a peut-être une règle d’or, mais toutes les économies sont en carton ».
La réplique du RN
Jean-Philippe Tanguy a repris la formule du ministre : « nous rêvons en couleurs, c’est la renaissance pour la France avec Marine Le Pen ».
La gauche et le centre
Jean-Luc Mélenchon accuse Marine Le Pen de vouloir « condamner la France à faire des coupes budgétaires et de la récession pendant 120 ans ». Édouard Philippe dénonce un « plan d’une désinvolture spectaculaire » qui « ne tient pas la route », et le député Paul Midy, du camp de Gabriel Attal, parle d’un « grand n’importe quoi ».
L’avis d’un économiste
Dans une note citée par l’AFP, Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, écrit : « On comprend mal comment le programme du RN, qui propose une baisse du déficit public et de l’âge de départ en retraite, pourrait stimuler la croissance ». Il juge de nombreux chiffrages « hautement incertains ».
Budget 2027 : le calendrier des votes au Parlement
Le projet du gouvernement, examiné dès aujourd’hui
Le contre-budget du RN n’est pas soumis au vote : c’est le projet de loi de finances du gouvernement de Sébastien Lecornu que les députés examinent. Selon NosParlementaires, il vise un déficit de 5,0 % du PIB en 2027. Marine Le Pen n’a pas évoqué de censure et parle d’un « budget réversible ». Pour les mesures qui concernent les ménages, lisez notre article sur le budget 2027 pour les retraités, les étudiants et les familles.
| Date | Étape |
|---|---|
| 7 au 9 octobre 2026 | Commission des finances : première partie du budget (recettes) |
| Jusqu’au 19 octobre 2026 | Débat en séance sur la première partie |
| Mardi 20 octobre 2026 | Vote solennel de la première partie |
| Mardi 27 octobre 2026 | Vote solennel du budget de la Sécurité sociale |
| 27 octobre au 16 novembre 2026 | Examen des dépenses, ministère par ministère |
| Mardi 17 novembre 2026 | Vote de l’ensemble du budget en première lecture |
| Décembre 2026 | Sénat, commission mixte paritaire, fin du délai constitutionnel de 70 jours |
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Questions fréquentes sur le contre-budget du RN
Le contre-budget du RN va-t-il être voté ?
Non. C’est un programme de campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Le Parlement vote le projet du gouvernement, et le RN peut seulement l’amender.
Que prévoit le RN pour l’âge de la retraite ?
Le RN veut revenir à un âge légal de 62 ans, voire 60 ans, financé en partie par 15 à 20 milliards d’économies sur les retraites, et créer un « pilier de capitalisation ».
Ce qu’il faut retenir
Le RN chiffre son contre-budget à 140 milliards d’euros nets d’économies d’ici 2032, avec 30 milliards de baisses d’impôts. Le gouvernement juge ses hypothèses irréalistes, la gauche et le centre aussi, chacun avec ses arguments. Le vrai rendez-vous reste le vote du budget 2027 : 20 octobre pour les recettes, 17 novembre pour l’ensemble. Et pour mettre un peu d’air dans vos comptes en attendant, pensez à I am Beezy.
Sources : AFP via Boursorama, Public Sénat, NosParlementaires