Depuis le 21 septembre 2026, un mouvement de blocage parti du lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne) s'est étendu à des centaines d'établissements en France. Ses acteurs sont des lycéens de 15 à 18 ans, nés pour la plupart entre 2008 et 2011 : la « Gen Z », que le Pew Research Center fait commencer aux naissances de 1997. Ce jeudi 1er octobre, les appels à bloquer se poursuivent.
Les chiffres jour par jour, les interpellations et les droits des élèves sont détaillés dans notre article sur le blocus des lycées. Ici, une autre question : qui sont ces lycéens, comment s'organisent-ils, et leur mouvement ressemble-t-il aux grandes mobilisations lycéennes du passé ?
Qui sont les lycéens mobilisés en 2026 ?
Une génération née avec le smartphone
Les lycéens d'aujourd'hui sont la première génération à avoir grandi entièrement avec les réseaux sociaux. Le mouvement n'a pas commencé à Créteil : selon franceinfo, les premiers blocages ont visé dès la mi-septembre le lycée Théodore-Monod du Rheu, près de Rennes, puis des lycées de Villeneuve-d'Ascq et de Caen. Créteil a servi de point de cristallisation, après une grève des enseignants.
Des revendications très concrètes
Le Café pédagogique recense ce que disent les lycéens mobilisés : classes surchargées, professeurs absents et non remplacés, emplois du temps épuisants, bâtiments dégradés, manque de personnels médico-sociaux, pression de Parcoursup et du baccalauréat. Le mouvement part du quotidien de l'établissement, pas d'une loi précise.
Des organisations lycéennes en relais
L'Union syndicale lycéenne (USL) a appelé à généraliser les blocages le 29 septembre, jour de grève dans la fonction publique. Le Mouvement national lycéen (MNL) est aussi présent, et l'Union étudiante appelle désormais les étudiants à rejoindre le mouvement.
Comment le mouvement s'organise-t-il sur les réseaux sociaux ?
TikTok, Snapchat et Instagram comme caisse de résonance
Une interview de huit élèves du lycée Saint-Exupéry, publiée le 24 septembre par le média en ligne Booska-P, a cumulé 1,4 million de vues sur TikTok, selon franceinfo. Le 28 septembre, le rectorat de Créteil constatait : « Les réseaux sociaux agissent comme un amplificateur. »
Des tracts générés par intelligence artificielle
Selon le Journal du Net, des dizaines de tracts, pour la plupart générés par IA et portant des revendications propres à chaque établissement, ont circulé sur Snapchat, Instagram et TikTok. Une vidéo publiée par un compte TikTok nommé « Flash infos » a dépassé 800 000 vues et 120 000 mentions « j'aime » en 48 heures.
| Canal | Usage rapporté par la presse | Source |
|---|---|---|
| TikTok | Vidéos d'élèves, interview Booska-P (1,4 million de vues), compte « Flash infos » (plus de 800 000 vues) | franceinfo, Journal du Net |
| Snapchat | Circulation des tracts et des appels à bloquer | franceinfo, Journal du Net |
| Tracts, souvent générés par IA, propres à chaque lycée | Journal du Net | |
| X (ex-Twitter) | Publication d'un député LFI vue 520 000 fois | franceinfo |
| Syndicats lycéens | Appels nationaux (29 septembre, 1er octobre) | franceinfo, Café pédagogique |
Pas d'amplification étrangère détectée
Viginum, le service chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, n'avait relevé à la date du 29 septembre aucune amplification artificielle des contenus liés aux blocages par des acteurs étrangers, rapporte le Journal du Net.
La Gen Z relance-t-elle les gilets jaunes ?
Ce que franceinfo a relevé sur les réseaux
Le 30 septembre, franceinfo a posé la question dans sa rubrique destinée aux jeunes : de nombreux messages appellent à relancer les gilets jaunes le 17 octobre, et la Gen Z y participe en créant des « montages hypants pour donner envie de manifester ». À ce stade, il s'agit d'appels en ligne, sans organisation identifiée.
Un précédent en décembre 2018
Le rapprochement n'est pas nouveau. En décembre 2018, au plus fort des gilets jaunes, des lycées étaient déjà bloqués contre Parcoursup et la réforme du bac. Un responsable syndical lycéen déclarait alors à franceinfo : « On a des revendications à porter mais la colère vient de la même source. »
La vague « Gen Z » à l'étranger
En 2025, des mouvements se réclamant de la Gen Z ont éclaté au Népal, à Madagascar et au Maroc, organisés notamment sur Discord à Madagascar et au Maroc, rappelle France 24. Ces mouvements visaient des gouvernements : au Népal, ils ont entraîné la chute du gouvernement en quelques jours. Les lycéens français, eux, réclament des moyens pour leur établissement.
Ce qu'en disent sociologues et historiens
Robi Morder : un scénario déjà vu
Pour l'historien Robi Morder, spécialiste des mouvements lycéens et étudiants, interrogé par Public Sénat, les blocages et les revendications matérielles n'ont « rien de nouveau ». Il décrit des lycéens plus « spontanés » et « moins expérimentés » que les étudiants, et résume : « L'image du dentifrice traduit qu'il n'y a pas de force avec qui discuter. »
Valérie Becquet : une dynamique partie du bas
La sociologue Valérie Becquet, spécialiste de l'engagement des jeunes, voit une dynamique partie « du bas », étendue de proche en proche grâce aux réseaux sociaux. Elle met en garde : « Ce duel politique entre gouvernement et parti politique va invisibiliser les revendications des lycéens. »
Patrick Vassort : une année électorale
Le sociologue Patrick Vassort, de l'université de Caen, relève sur France 3 Normandie : « Ce qui change, c'est la temporalité de ce mouvement, qui a lieu lors d'une année électorale. C'est assez rare. » Il ajoute que le mouvement « peut s'étouffer, comme beaucoup d'autres », ou durer si les étudiants le rejoignent.
Les grands mouvements lycéens en France depuis 1986
Quarante ans de mobilisations
| Année | Motif | Ampleur | Issue |
|---|---|---|---|
| 1986 | Projet de loi Devaquet (sélection à l'université) | Plusieurs centaines de milliers d'étudiants et lycéens, pic le 4 décembre | Mort de Malik Oussekine le 6 décembre, texte retiré le 8 décembre |
| 1990 | Sécurité et moyens des lycées | Plus de 100 000 manifestants à Paris à la mi-novembre | Plan d'urgence de 4,5 milliards de francs annoncé par Lionel Jospin |
| 2005 | Loi Fillon, contrôle continu au bac | Environ 100 000 lycéens le 10 février | Réforme du bac retirée du texte |
| 2006 | Contrat première embauche (CPE) | Trois mois de blocages, millions de manifestants selon les syndicats | Retrait annoncé le 10 avril |
| 2010 | Réforme des retraites | Des centaines d'établissements bloqués en octobre | Réforme adoptée |
| 2018 | Parcoursup, réforme du bac, service national universel | Environ 200 lycées bloqués début décembre selon le ministre ; 151 jeunes interpellés à Mantes-la-Jolie | Réformes maintenues |
| 2023 | Réforme des retraites | Plus de 400 lycées bloqués le 23 mars selon les organisations lycéennes | Réforme adoptée |
| 2026 | Moyens, professeurs absents, bâtiments | 356 établissements touchés le 30 septembre selon l'Intérieur | En cours, plateforme de concertation annoncée |
Ce qui se répète
Les mouvements qui ont obtenu un recul visaient un texte précis : Devaquet en 1986, la réforme du bac en 2005, le CPE en 2006. En 1990, déjà, la mobilisation portait sur la sécurité et l'état des lycées, et s'était conclue par un plan d'urgence financier.
Ce qui change
En 2026, aucun projet de loi ne sert de cible : les demandes varient d'un établissement à l'autre. Les coordinations lycéennes de 1986 ou 1990 ont laissé place à des vidéos et à des tracts qui circulent sur les téléphones, sans porte-parole unique.
Questions fréquentes sur le mouvement lycéen et la Gen Z
Qu'appelle-t-on la Gen Z ?
La génération Z regroupe les personnes nées à partir de 1997 selon le Pew Research Center. Les lycéens de 2026 en font partie.
Le mouvement a-t-il un chef ?
Non. Des syndicats lycéens lancent des appels nationaux, mais les blocages naissent souvent de décisions prises lycée par lycée, relayées sur les réseaux sociaux.
Les tracts générés par IA sont-ils authentiques ?
Leur origine exacte n'est pas établie : selon le Journal du Net, les autorités jugent leur diffusion « nébuleuse ». Viginum n'a pas détecté d'amplification étrangère.
Ce qu'il faut retenir
Un mouvement ancien dans sa forme, neuf dans ses outils
Blocages, revendications matérielles, dialogue difficile avec le gouvernement : pour les historiens, le mouvement lycéen de 2026 suit un scénario connu. Ce qui le distingue tient à ses outils, TikTok, Snapchat et tracts générés par IA, à l'absence de texte de loi à combattre et à son calendrier, en pleine année électorale. Son issue reste ouverte.
Sources : franceinfo, Public Sénat, The Conversation.